Thomas Dutronc : « Je me dis que mes deux parents sont tellement costauds que je vais avoir une crise cardiaque avant eux ! »

Yann Orhan

La « tournée générale » (qui sort en CD), en duo Dutronc père et fils, est l’une des plus belles réunions de la chanson française. Thomas nous raconte cette parenthèse enchantée sur scène, au détour d’anecdotes familiales et musicales succulentes, pleines d’admiration aussi.  « J’ai connu les côtés moins drôles de mon père aussi. Mais, très jeune, j’ai eu une bande de copains un peu pour l’imiter. Je m’habillais en noir, c’était un peu mon modèle… » . Une interview à retrouver en entièreté dans votre Max ce samedi…

Cette tournée, c’était une ambiance de papa/fils potes ?

Oui. Après, il a l’habitude de régner sur tout le monde, sauf que moi je ne me laisse pas faire…ni ma mère d’ailleurs ! Quand il disait un truc ou qu’il m’engueulait pour un truc qui était faux, je lui rentrais dans les plumes et les gens étaient hyper gênés. Mais ça fait 35 ans que je suis comme ça, donc…Et puis, s’il y a une dispute entre nous, jamais je ne me suis couché fâché. Même là, pendant les répèts, on s’est vraiment fâchés pour un truc et je lui ai envoyé un texto avant de dormir, il m’a répondu et on s’est réconcilié. Tout ça n’est pas très important non plus, on a du recul. On s’aime, on s’adore et c’est juste que des fois on est maladroits et on a cette angoisse tous les deux de bien faire qui fait qu’on peut être à cran.

A posteriori, vous dites-vous que cette tournée était une parenthèse enchantée ?

(…) C’était effectivement une parenthèse hors du temps qui donnait le vertige et était très émouvante parce qu’inconsciemment il se passait plein de trucs. Ca mélangeait la naissance, la vie, la mort. Je me demandais où on sera dans 10 ou 20 ans, on a de la chance d’être là mais mon père a 80 ans, qu’est-ce qui va se passer ? Mais après, je me dis que mes deux parents sont tellement costauds que je vais avoir une crise cardiaque avant eux ! (rires)

Vous dites que votre père est une légende. Mais d’aussi loin que vous vous en souvenez, vous admiriez vos parents ?

Les deux ont beaucoup de charme. Quand je vois des clips de ma mère, avec sa classe. Mais moi,  je la voyais à côté de moi, le caddie rempli de poireaux en train de me dire « n’oublie pas de te laver les dents !» (rire) Mon père a toujours eu un charisme incroyable que j’ai connu mais j’ai aussi connu d’autres aspects comme ces moments où il buvait un peu trop, ce n’était pas toujours génial. Mais l’admiration était quand même là. Je sais qu’à partir de 15 ans, il a fallu que je « tue le père » un petit peu. Il y a eu des moments de déception de ma part, de voir comme il était – peut-être que je l’idéalisais. Moi j’ai grandi, lui a vieilli, on était un peu côte à côte, on s’est dit plein de choses sans les formuler. Mais il y a un truc très profond. Tous les gens de la famille Dutronc sont un peu comme ça en fait. Pas uniquement Jacques. Mon grand-père était comme ça, sauf que lui, il ne voulait jamais déranger, ça c’est pas pareil par rapport à mon père ! (rires) Sinon, ce sont des gens qui ne se livrent jamais, ne posent jamais de question personnelle. C’est très particulier.

Vous voyez aujourd’hui vos deux parents vieillir avec tout ce que ça peut comporter comme soucis de santé. Y a-t-il chez vous une plus grande urgence à être aujourd’hui près d’eux ?

J’ai fait beaucoup ça avec mes grands-parents. Ma grand-mère maternelle s’est fait euthanasier parce qu’elle avait la maladie de Charcot et, à l’époque c’était compliqué de trouver quelqu’un. Elle est partie à 70 ans, j’en avais 17. L’année où j’ai su qu’elle allait se faire euthanasier, j’allais la voir chaque semaine pendant une journée entière. Et avant l’été, elle m’a dit qu’elle allait disparaître, sans me dire la date. Et mon grand-père paternel, lui, a perdu sa femme par surprise, il a déprimé pendant un an, j’allais beaucoup le voir. Il a d’un seul coup remonté la pente, a retrouvé la pêche puis il a rencontré une femme très belle, 40 ans plus jeune que lui et un peu alcoolique. Donc l’a empêché de dormir, il était épuisé, et on l’a rapatrié en Corse. Dès que j’avais des vacances, je passais du temps avec lui. Avec mes deux parents, j’ai cette conscience aussi, mais je me dis pas « je dois aller les voir parce qu’ils vont mourir ». Je me le disais avec mes grands-parents mais avec mes parents j’ai l’impression que j’ai déjà tellement profité d’eux…Evidemment que j’ai encore plein de choses à leur dire et à faire, mais je ne sens pas d’urgence. (…)

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